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Dans ses séries de dessins ou de vidéos comme dans ses performances, Roxane Borujerdi s'arrange pour mettre avec humour en question l'une ou l'autre des certitudes qui décident de la perception commune de l'environnement où elle se trouve. Décalage, détournement, substitution de contextes, brouillage fin de l'ordre des signifiants ou copier-coller des imageries, elle soumet à ses opérations provocatrices les matériaux qui lui viennent des petits riens de la vie quotidienne ou des coupures de presse, des bandes dessinées ou des paroles du jour.

Marquée par Londres et son culte obnubilant de l'efficacité, l'artiste aime à mettre en scène des défis dérisoires et à pousser la logique de l'action à la limite de l'absurde. Dans sa série de vidéos Flat actions (2008), délibérément diffusée sur Youtube, elle inscrit dans les lieux de passage et de travail qu'elle fréquente une série de prouesses bon marché, enfilant des pailles l'une à l'autre pour souffler des bulles dans une flaque à travers un grillage, déversant en courant une bouteille d'eau sur la chaussée pour créer un fleuve à la façon d'Hercule, pliant en quatre sans les lire les pages d'un journal dans une bouteille en plastique, comme pour en mettre bien en sûreté le message.

L'économie des moyens employés, le refus appliqué de la virtuosité caractérisent cette pratique qui n'est jamais dissociable ni des environnements qu'elle questionne ni des occasions où elle prend naissance. Passant d'un medium à l'autre au gré de celles-ci et laissant sa production proliférer sous forme de séries, Roxane Borujerdi prolonge dans ses vidéos les idées de ses dessins et dans ses performances des éléments de ses vidéos. Les volumes aux géométries inexactes qui apparaissent d'abord dans une série de dessins d'allure faussement minimaliste prennent forme de sculptures de papier carton qu'elle cherche en vain à échafauder contre un ventilateur (« On fera quelque chose d’intéressant la prochaine fois », performance au Commissariat, Paris, 2008). Les équivoques de ses flat actions se cristallisent dans la grammaire du jeu verbal qui figure sur l'un de ses dessins à la plume de bambou : « what to do what ». Ses prises de parole appliquent au langage le même traitement que ses dessins aux images, tirées de leur circulation quotidienne et hors de leur contexte premier, puis introduits dans une sorte de monde flottant où l'esprit du spectateur, enfin, trouve à jouer.

(Texte de Pierre Thévenin – 2009)